Mai 2020

Jeudi 1er mai — J’ai rarement manqué dans le passé les défilés. Leur absence aujourd’hui marque symboliquement la fin d’un monde où le mouvement ouvrier tenait le haut du pavé. A la fin des années 90 nous participions avec mon ami Miroslaw H. et quelques autres adhérents à celui de Roubaix en arborant nos badges et drapeaux du MDC, voulant tenir notre place dans la gauche que nous souhaitions reconstruire en une refondation républicaine.

Samedi 3 mai — Le relâchement de la langue est total au point qu’il devient insupportable d’écouter les nouvelles y compris sur France Culture ! Les mêmes mots, les mêmes clichés nous impactent quand ils ne nous percutent pas. Il n’y a pas un instant sans que la voix à l’intonation trainante d’un acteur social, au propos incertain, ne vienne conforter la question suggérant déjà la réponse, d’un journaliste en mal de nouveautés et qui peuple son propos d’un autoritaire effectivement masquant pour le coup le dérisoire du discours. Ajoutons l’oubli de la forme interrogative et de l’inversion du sujet : qu’en est-ce que tu viens? au lieu du simple et efficace : Quand viendras-tu ?ou encore en pire avec le doublement du verbe être “où est ce que c’est que vous partez en vacances ? C’est compliqué me dira-t-on de parler sans précipitation, de se corriger mentalement avant d’ouvrir la bouche, bref de respecter son interlocuteur ce qui est pourtant une des premières élégances.

Vendredi 8 mai — Quelques souvenirs de souvenirs de nos proches et quelques photos retrouvés au hasard du classement des dossiers que nous, M. surtout, avons entrepris, se bousculent non pas de mai 1945 mais plutôt demai et juin 1940. L’avancée des troupes allemandes entraine les familles à “évacuer”. Arthur, mon grand père paternel et sa seconde épouse au volant de sa Citroën emmène avec eux ma mère et ses belles sœurs dans un véhicule dont les bagages retombaient régulièrement sur le dos des passagères assises à l’arrière. Direction Paris et l’ouest lointain, j’en étais ! Le “coup de faucille” de la Wehrmacht les contraignit à se tourner vers l’ouest et ils atteignirent Le Touquet entre le 15 et 20 mai où affluaient les réfugiés. Ce fut donc mon premier séjour dans cette ville de villégiature. Mes tantes se “battaient” pour conduire ma voiture d’enfant en promenade vers la digue de mer. Les soldats allemands campaient sur la plage et, le très beau temps de ce printemps 1940 aidant, ils se baignaient, ma mère détourna les yeux, ils étaient nus…Boulogne sur Mer occupé, le camp de prisonniers de Dannes ouvert… J’avais 9 mois.