Les « cultureux » s’inquiètent

Les « cultureux » s’alarment. Un « Ne laissez pas une région dirigée par le Front National » s’étale dans une publicité du Syndéac (Syndicat des directeurs d’établissements culturels). Dans la région Nord Pas de Calais, avant même la création des régions, tout fut mis en œuvre, à la fois pour accompagner la décentralisation culturelle issue de la politique de Malraux et conduite par divers ministres de la culture (en particulier Michel Guy) et, pour provoquer de nouvelles initiatives fondées sur la création, la diffusion et dans une certaine mesure l’Education.

Cette politique fit pourtant l’objet de vifs débats notamment entre socialistes et communistes, entre les tenants de l’animation culturelle face l’élitisme pour tous d’Antoine Vitez. Pendant longtemps l’influence d’élus communistes de Jack Ralite à Ivan Renar, deux amis qui m’aidèrent beaucoup lorsqu’aux affaires je défendais et promouvais nos choix. Il n’est qu’à mesurer aujourd’hui combien d’institutions ont contre vent et marée continué de donner le meilleur de la création théâtrale, musicale, chorégraphique et artistique dans la région.

Les socialistes ne laissent pas un bilan complètement négatif mais l’inquiétude se fait jour depuis plusieurs années, face aux désengagements ou au saupoudrage politique des subventions sous couvert de porter la culture au plus loin des campagnes ou face au sens d’une politique coûteuse donnant priorité à la fête, au divertissement sous couvert de modernité sociale en matière d’art contemporain et dont l’impact éphémère et peu solide n’ouvre guère l’appétence culturelle.

Les « cultureux » s’alarment, mais pourquoi plus aujourd’hui qu’hier ?

Les « cultureux » sont de gauche, qu’ils soient surtout républicains ! Ils doivent considérer que lorsque le peuple donne un avis aussi radical que dimanche dernier, la nuance du propos est de rigueur. Il est curieux de constater que beaucoup de par leur position font le jeu du « système ».

Le programme culturel de Mme Le Pen ressemble par son insuffisance et sa ligne populaire (« la culture plus près du peuple ») à des discours que tenaient ces vertueux militants socialistes qui pensaient qu’avant que les milieux populaires n’accèdent à la beauté créative, des médiations socio culturelles étaient indispensables ! Certaines associations culturelles n’ont même pas souhaité débattre par un fâcheux apriori.

Quant à celui de « LR », sa crédibilité est en question. Quand M. Bertrand dit vouloir augmenter sensiblement le budget de la culture et redonner vie à la décentralisation se référant à André Malraux, pouvons-nous le croire alors que des villes gagnées par l’UMP aux dernières municipales se comportent à l’inverse. A l’exemple de la ville du numéro deux de la liste LR, le maire de Tourcoing qui a remis en cause un joyau de la décentralisation théâtrale, le centre dramatique de Tourcoing-Lille, baisse le budget culturel, intervient dans le choix muséal et même censure une exposition…C’est une manière bien paradoxale de dénoncer le désengagement de l’Etat…

Etre un responsable culturel, ce n’est pas faire écho à la bien pensance, qui se nourrit de procès d’intention, mais d’exiger de ceux que le peuple de notre région, de notre pays aura désigné, le choix de la liberté de création, de l’encouragement sans à priori aux talents, de la promotion de nos élites artistiques au service de tous.

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